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Ancien Péage de rivière de la Robertsau ("Zum Unterwasserzoll") (Strasbourg)

From Archi-Wiki

14 boulevard Paul Déroulède

Image principale
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Date de construction environ 1600
Structure Maison
Courant architectural Alsacien (colombage)

Date de transformation 2021
Architecte Francis Parent
Agence d'architecture Archicub
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Ancien Péage de rivière de la Robertsau ("Zum Unterwasserzoll")

Date environ 1600

Rares sont les maisons de Strasbourg, qui bénéficient d'une représentation aussi ancienne...

En effet, en 1613, le graveur, portraitiste et éditeur Jacob von der Heyden (1573-1645) grava sur cuivre les fortifications de Strasbourg, les tours de guet, le pont du Rhin et les auberges et les postes de péages aux environs immédiats de la ville. Le "Péage fluvial inférieur", "Zum Unterwasserzoll", qui était l'ancienne destination de cette maison, et qui comprenait principalement une auberge avec cette enseigne, a par bonheur fait partie du lot !

Robert Pfister, auteur d'un ouvrage sur la Robertsau1, explique que le "Péage fluvial inférieur", situé au confluent de l'Ill et du "Wuhrgiessen", contrôlait la circulation des marchandises sur ces deux cours d'eaux.

Il donne également ces renseignements précieux : "(Immeuble) situé à l'origine au confluent de l'Ill et du Wuhr ou Blumengiessen, aujourd'hui largement en contrebas des rues donnant sur l'Allée de la Robertsau remblayée au moment de la construction de la ville nouvelle, cette auberge accueillante était assidûment fréquentée par les citadins et les militaires de la ville, qui empruntaient souvent l'Ill pour s'y rendre en barque"1.

La liste des tenanciers qu'il cite ne commence qu'avec Gabriel Gerhart, en 1661. Mais on sait qu'avant cette date, vers 1645-1650, y oeuvrait comme péager et aubergiste celui qu'on dit parfois être "le premier naturaliste strasbourgeois", à savoir le pêcheur Leonhard Baldner [archive], auteur du "Vogel-Fisch und Thierbuch" (1666). Après 1661, on mentionnera encore dans la liste des tenanciers, un certain Jacques Gundelwein [archive], en 1756, dont on peut scruter les généalogies sur le site GeneaNet.

Précisons que la gravure de Jacob von der Heyden date de 1613. Si nous donnons 1600 comme date de construction, c'est à titre purement indicatif, sans pouvoir citer une source à ce sujet.

D'après un article paru dans le Nouvel Alsacien du 3-4 juin 1974, sous la signature d'Emille Jacquillard, la partie supérieure du Péage de la Robertsau, aurait subi les affres d'un incendie en 1678, et aurait été reconstruite plus ou moins à l'identique sous la direction Jean Georges Heckler. Ce dernier était en effet le beau-frère de Jean Jacques Volck, aubergiste tenancier du péage.

D'une manière générale, il faut savoir que tout le terrain nord est de Strasbourg hors la porte des Pêcheurs était considéré comme faisant partie de la Robertsau. Ainsi, une ancienne tuilerie qui était située sur le parcours du quai Rouget de l'Isle, donc plus près encore de la ville que le péage inférieur, était également appelée "Tuilerie à la Robertsau". Le péage inférieur était réputé pour son auberge et sa vue pittoresque vers la ville et sa cathédrale. C'est d'ailleurs pourquoi cet endroit attira l'attention au 17e siècle d'artistes célèbres tels Jacob von der Heyden ou Wenzel Hollar.

Information 2

Date 1889

Par bonheur, cette maison a résisté à toutes les tentations immobilières, pourtant nombreuses et imposantes dans ce secteur.

Robert Pfister, dans son livre sur la Robertsau1, précise qu'"aujourd'hui le bâtiment est toujours au même endroit et à son niveau d'origine, alors que le Wuhrgiessen est comblé et que le rehaussement des quais de l'Ill met l'ancien péage nettement en contre-bas" (livre cité dans la notice concernant la construction, page 98).

Nous donnerons à cet événement la date de l'ouverture du dossier de la Police du bâtiment, c'est à dire : 1889. Le terrain et une grande partie du secteur appartenaient à l'époque aux frères Roechling, qui possédaient une entreprise de coke et charbon (Gebruder Röchling, Kohlen, Koks u. Brikets), et dont la maison-mère se trouvait, semble-t-il, près de Sarrebruck (Altenwald-bei-Sarrebruck).

En 1893, on trouve une demande d'autorisation concernant un mur de clôture (Einfriedigunsmauer), commande adressée aux entrepreneurs Schoop u. Mayer. Il s'agit peut-être du mur qui existe encore aujourd'hui. L'autorisation date du 11.3.1893, et la maison apparaît sur le dessin, avec le n° 37, l'autre maison du secteur portant le n° 38.

Un an plus tard, un projet des architectes Berninger et Krafft donne l'occasion d'un nouveau dessin du secteur, même si ce projet n'a de toute évidence pas abouti. Sur un autre dessin du secteur, daté de 1896, dans le cadre d'un autre projet pour un J.Lercher, on observera qu'à proximité se trouvait le "Ruderverein" (société de canotage, ou club d'aviron, comme on voudra).

D'après Robert Pfister, auteur d'un livre sur la Robertsau1, la maison fut restaurée, au début du XX e siècle, par son propriétaire de l'époque, Charles Bergmann, qui a donné son nom à une rue voisine. Précisons que Charles Théodore Bergmann (1835-1904), potier d'étain, adjoint au maire, à qui la rue en question a été dédiée, n'est pas décédé ici, mais au n° 37 rue du Faubourg de Pierre. Le propriétaire du n° 14 boulevard Paul Déroulède, évoqué par Robert Pfister, est en réalité le fils de ce dernier.

Après 1900, les maisons n° 38 et 37 ont pris les n° 2 et 4. Nous ignorons quand le n° 4 est devenu le n° 14, mais c'est sans doute après les constructions de "La Résidence" (1954-57) et du "Grand Pavois" (1971-74). Deux photos d'archives non datées (côte 949W64), en tous les cas postérieures à cette dernière construction, montrent la maison, de couleur blanche, en train d'être ravalée. Sur l'une d'elles, on peut bien observer l'excroissance latérale, qui apparaît à chaque fois sur les dessins d'archive.

Le bâtiment possède très probablement des pans de bois cachés par le crépi.

Projet de classement3

Date 1/8/2017

La maison , considérée comme le plus ancien bâtiment des abords de la Neustadt, est actuellement inoccupée, et propriété d'une indivision familiale de cinq personnes.

Devant le risque de voir ce patrimoine disparaître prochainement, l'ADIQ ( association de défense des intérêts des quartiers Centre-Est ) a déposé une demande de protection de la maison et de l'ensemble du terrain auprès des Monuments Historiques, et aussi en tant que "Patrimoine Exceptionnel" au sein du nouveau PLU.

La première étape de la procédure est en cours.

Resterait à trouver une nouvelle destination à la bâtisse, comme une représentation permanente ou une résidence d'ambassadeur, propose Jean-Luc Dejean, président de l'ADIQ.4

Modifications projetées

Date 2021
Architecte Francis Parent
Agence d'architecture Archicub

Selon un permis de construire des travaux de modifications de toiture et façade sont à venir. Le maître d'oeuvre est l'agence Archicub, représentée par Francis Parent.

Références

  1. a b c et d Robert Pfister in "Un village dans l'histoire de l'Alsace : La Robertsau des Origines à nos jours", Strasbourg, 1988, page 97
  2. Archives de la ville et de l'Eurométropole (Bibliothèque) - Cote 949W63
  3. DNA - Dernières Nouvelles d'Alsace (journal quotidien)
  4. DNA du 01/08/2017 [archive]

Sources

  • notice de François Joseph Fuchs sur Jacob von der Heyden, in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, n° 16, page 1575
  • Robert Pfister : "Un village dans l'histoire de l'Alsace : La Robertsau des Origines à nos jours", Strasbourg, 1988
  • Catalogue d'une exposition en hommage à Leonhard Baldner, datée de novembre 1995 et organisée par la Bibliothèque de la Robertsau, pages 20 et 21
  • Article sur le péage de la Robertsau dans le "Nouvel Alsacien" du 3-4 juin 1974 : "J.W.Goethe am Wasserzoll 1775", signé par Emile Jacquillard

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Michel SCHREIBER

50 months ago
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Merci pour votre réponse, M. Helmlinger ! J'avais lu votre article, mais pas assez attentivement, je crois bien : votre précision sur l'ancien bras du Rhin qui a été comblé vers 1840 m'avait échappé, et j'étais resté perplexe devant le dessin de Jacob van der Heyden, qui le montre : du coup, je n'avais pas saisi que c'est là que se trouve l'actuel boulevard Paul Déroulède...

Bref, encore une fois, merci à vous ! Bien cordialement, MS

Wilfred HELMLINGER

50 months ago
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Tout ce que vous écrivez, Michel Schreiber, me paraît exact. Je suppose que vous avez téléchargé et lu l'article paru dans le Quinze en 2014, qui est disponible dans l'événement suivant ? Sinon, je vous conseille de le faire.

Je dois dire que sa rédaction m'avait demandé à la fois de la rigueur et de l'imagination... Vous avez raison d'utiliser le terme de "miracle". Je pense qu'on ne mesure pas assez la chance que constitue la coïncidence que cette maison soit encore "debout" aujourd'hui, et qu'on dispose d'elle d'une si jolie représentation graphique datée de 1613 ! Mais en même temps je ne vous cacherai pas que j'ai douté jusqu'au bout (mais ça c'est moi, et vous n'avez pas besoin de m'imiter !).

Michel SCHREIBER

50 months ago
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Bonjour, M. Helmlinger,

Je reprends contact avec vous parce que, continuant à travailler sur la famille Dartein, je me suis aperçu que de 1772 à 1789, l'un des membres de la famille (celui qui a été anobli en 1778 par Louis XVI) a possédé une maison dans les parages immédiats de la Wasserzoll.

Seulement, je suis nul du côté du sens de l'orientation ! Du coup, question : comprenez-vous comme moi que la plus grande des maisons dessinées par Jacob van der Heyden, juste sous la mention "der Ruprechtsau", est bien celle qui subsiste - miracle ! - 14 boulevard Paul Déroulède ? Je pense que là, je ne me trompe pas trop...

Mais deuxième problème : sous quel angle faut-il regarder le dessin du XVIIè siècle ? J'ai l'impression que la partie longue de la maison (celle dont la droite est en partie cachée par un arbre s'élevant au-dessus du toit) est celle qui est aujourd'hui le long du boulevard Paul Déroulède. Êtes-vous d'accord avec moi ?

Dans ce cas, la partie de la maison qui fait une espèce d'aile et qui n'est pas visible chez Jacob van der Leyden aurait été construite à une date ultérieure.

Merci d'avance !

Michel Schreiber

Fabien Romary

50 months ago
Score 0
Merci pour ce très intéressant article, agréable à lire. Dès que le PDF du magazine complet 'Le Quinze' sera disponible ici [archive] je le placerais en lien externe sur le site.

Wilfred HELMLINGER

50 months ago
Score 0

Je compatis concernant le Palais de Justice. Mais que dire de la BNUS ? Les photos montrant l'intérieur de ce monument, juste après sa construction, laissent pantois. C'était beau ! Et pourtant cela a été modifié, depuis, plusieurs fois ! L'optimiste dira, peut-être, qu'il espère que ce ne sera pas la dernière !

Concernant le 14, boulevard Paul Déroulède, je mentionne que j'ai "posté" sur la deuxième fiche, un article de synthèse concernant cette maison, qui a résisté au moins 4 siècles. Paru dans le dernier numéro du journal "Le Quinze", cet article complète, précise et corrige les deux fiches consacrées ici à cette maison, mais qu'on laissera telles quelles. Sur Archi-Strasbourg aussi , la nostalgie existe !