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Cathédrale Notre Dame de Strasbourg (Strasbourg)

2 Place de la Cathédrale

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Date de construction 1015-1180
Structure Lieu de culte (église, temple, synagogue, mosquée)
Courant architectural ottonien

Date de construction 1180-1210
Courant architectural Roman

Date de construction 1225-1439
Structure Lieu de culte (église, temple, synagogue, mosquée)
Courant architectural gothique
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La cathédrale de Strasbourg avec sa flèche unique de 142 mètres est le plus haut monument et le plus célèbre de la ville.

plan masse avec indications chronologiques (d’après Roger LEHNI)

Sur un sol mou, argileux, on a enfoncé des pieux de bois puis un mur de fondations. Les édifices se succèdent, de plus en plus lourds, reprenant d’anciens tracés. Ces chantiers ont tous été parmi les plus remarquables de l’Empire Germanique tant par les dimensions des édifices que par la puissance de leurs architectures1.

Cathédrale ottonienne

Date 1015-1180

La cathédrale ottonienne, une des plus grandes de l’Empire Germanique, a été entreprise en 1015 dans le style roman, par l’évêque Werner, de la famille des Habsbourg. C’est une basilique couverte d’un plafond de bois. Plusieurs incendies la ravagent. Ne subsiste même pas la crypte : la salle a été reconstruite vers 1120 (1150 pour la partie ouest). Seuls deux grands pilastres dans la crypte et des fondations dégagées fin XIXe siècle sous la chapelle Saint Laurent, témoignent de la crypte de 1015.

La cathédrale romane (1180-1210)

Date 1180-1210

À partir de 1180, un projet ambitieux de reconstruction et de modernisation (en style roman) des parties orientales de la cathédrale est entamé en préservant les anciennes fondations. Des voûtes en pierre se substituent aux anciens plafonds charpentés2.

Le vaste chœur, la coupole octogonale du transept, le puissant pilier du croisillon nord et l’élégante arcade des fronts baptismaux, témoignent de l’ampleur du chantier. De cette époque date les vitraux des empereurs (remontés dans les deux fenêtres ouest du bas-côté nord de la nef gothique) et la création de l’œuvre Notre-Dame.

Coupole sur trompes en brique

Sa couverture a été plusieurs fois modifiée : en forme de mitre d’évêque jusqu’à l’incendie de 1759, puis d’un cône tronqué (où on a installé un télégraphe Chappe en 1798, démonté en 1852) enfin une tour de style néo-roman dite « Tour Klotz » 1878 – 1879.

En 2019, la coupole est en cours de restauration.

Arcade des fronts baptismaux

L’arcade des fronts baptismaux, de style roman, vers 1160-1170, indique l’emplacement de l’autel de l’église paroissiale de l’époque qui occupait le transept nord. « Au Moyen-Age, la chapelle Saint-Laurent était dédiée à Saint Martin, tandis que l’église paroissiale occupait l’espace du transept nord. L’église paroissiale fut agrandie avec l’actuelle sacristie située vers le portail Saint Laurent. Plus tard, en 1698, l’église paroissiale prend la place de la chapelle Saint Martin qui change alors de nom »3.

Les fronts baptismaux sont plus tardifs : de style gothique flamboyants, réalisé en 1453 par Josse Dotzinger (voir « Mobilier »)

Œuvre Notre Dame

L'évêque de Strasbourg et le chapitre de la cathédrale fondent l'Œuvre Notre-Dame au début du XIIIe siècle pour gérer les dons, les legs et organiser le chantier de reconstruction de la cathédrale romane. Nonobstant les aléas de l'Histoire (guerres et des changements de nationalité), le statut de la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame ne sera pas remis en question.

La Fondation de l'Œuvre Notre-Dame a depuis 1999 (convention cadre entre l'État et la Fondation) le statut de maître d'ouvrage délégué pour certains chantiers d'entretien, de conservation et de restauration de la cathédrale. La maîtrise d'œuvre des opérations est assurée par un Architecte en Chef des Monuments Historiques, depuis 2013 Pierre-Yves Caillault est chargé de cette mission.

La mission première de la Fondation est l'entretien, la conservation et la restauration de la cathédrale de Strasbourg.

L'œuvre Notre-Dame a tous les plans de la cathédrale, c’est une des richesses particulières à Strasbourg : un des fonds documentaires les plus importants d'Europe. L'œuvre Notre-Dame est le seul atelier en France qui soit rattaché à une cathédrale.

Elle est aujourd'hui une institution unique en France. La maison actuelle de l'Œuvre Notre Dame est divisée en deux bâtiments :

  • L'aile gothique est construite en 1347 par le maître d'œuvre de la cathédrale Johannes Gerlach. Elle est restaurée au XVIe siècle et ses baies sont agrandies. Elle sera endommagée lors du bombardement du 11 août 1944.
  • L'aile Renaissance est érigée entre 1579 et 1582 par le maître d'œuvre Hans Thoman Uhlberger.

Elle abrite deux institutions : la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame (bureaux administratifs) et le Musée de l'Œuvre Notre-Dame (originaux des sculptures des portails, vitraux déposés, vestiges du jubé, entre autres)4

La cathédrale gothique (1210-1439)

Date 1210-1439

« Du roman germanique au gothique francilien » dit-on, quoique la réalité soit plus complexe, Strasbourg faisant toujours preuve d’originalité.

Vers 1210 des architectes, venus d’Ile de France ou Champagne, introduisent le style gothique sur le plan roman du croisillon sud, modifiant le pilier central dit « Pilier des Anges » et le portail sud (voir « Mobilier »). « La consécration à Sens, en 1207, de l’évêque de Strasbourg, Henri de Veringen, alors que la cathédrale gothique y est en pleine construction, n’est certainement pas étrangère à l’arrivée de ce maître d’Ile de France en Alsace. La cathédrale de Strasbourg est d’ailleurs un des tout premiers édifices à adopter les principes gothiques dans le Saint Empire romain germanique. »5.

L’ancienne nef romane plafonnée est remplacée par une nef de pur style gothique avec voûte en pierre achevée en 1275, soit en une cinquantaine d’années, rapidement ce qui lui donne sa remarquable unité. Hauteur et largeur sont dans un rapport de 1 à 2 (16 et 32 m). La largeur inhabituelle des bas-côtés a été déterminée par la réutilisation des fondations de la basilique du XIe siècle. Les trois travées orientales sont un peu plus larges que les quatre suivantes. On avait d’abord prévu une nef plus longue puis après avoir décidé de maintenir la façade romane on a resserré les quatre travées occidentales. Peu après est construit un jubé (disparu) à l’entrée de la nef6.

En 1262 suite à la bataille de Hausbergen, l’évêque de Strasbourg perd la gestion de la cathédrale a profit de la municipalité. Un exemple rare de cathédrale devenue maison municipale. Statut qui explique la présence sur la façade occidentale d’un beffroi (1372-1399).

En septembre 1275 la nef est achevée, c’est la première date certaine de la construction de la cathédrale. Le 25 mai 1277, moins de deux ans après, l’évêque Conrad de Lichtenberg (tombeau dans la chapelle Saint Jean) pose la première pierre du massif occidental (achevé en 1439).

L’aspect actuel est dû aux changements de parti successifs : conçue sur le modèle des cathédrales françaises à deux tours, la façade de Strasbourg finit par dresser une flèche unique au-dessus d’un énorme massif occidental, conformément à un type germanique de la fin du Moyen-Age7

Le plan dit « plan B » vers 1284, indique l’ambitieux projet : trois portails, deux tours à trois niveaux surmontés de flèches. Les divisions horizontales y sont sacrifiées aux lignes ascendantes tandis que les surfaces s’effacent derrière un écran d’arcatures et de réseaux tendu devant un mur nu. Il est attribué au Maître Erwin dont l’activité est attestée entre 1293 et 1318, sans que l’on sache si ce fut celle d’un administrateur ou d’un constructeur. Son fils, Jean, achève probablement le second étage avec la grande rose vers 1339. Maître Gerlach, neveu du précédent, élève le troisième étage en s’écartant du projet initial8.


Entre 1340 et 1347 maître Gerlach réalise la chapelle Sainte Catherine, chapelle funéraire de l’évêque Berthold de Bucheck. « Aboutissement du gothique rayonnant (c’est) une architecture « totale » mêlant architecture, sculpture et vitrail dans une virtuose conception d’ensemble… Les vitraux, représentant les douze apôtres et deux saintes dans un décor architecturé dessiné de baldaquins vertigineux, renvoient aux nombreux motifs des réseaux de pierre des fenêtres elles-mêmes. »9. Les voûtes d’origine au motif en étoile et à clefs pendantes, ont été reconstruites à partir de 1542 avec un motif en filet.

En 1371, à la disparition de Gerlach, la façade présente trois portails, deux tours à toits plats.

La mode des beffrois municipaux s’impose. La municipalité de Strasbourg qui gère la cathédrale, emploie l’espace entre les deux tours pour y construire un beffroi avec principalement Michel de Fribourg de 1371 à 1399. Les cloches n’y seront installées qu'en 1521 après un incendie dans la tour sud où elles étaient logées. Ce nouvel édifice n’a pas de murs qui s’appuient sur les tours, isolant les vibrations des cloches. Le style de sa façade tranche avec l’ornementation générale de la façade.

Au début du XVe siècle, on assiste à une course à la hauteur dans les villes de l’Empire.

A Strasbourg, la haute tour érigée sur la partie nord du massif occidental et qu’on peut apercevoir de si loin, a huit pans. Les quatre escaliers qui la borne, lui donne une silhouette carrée. C’est l’œuvre d’Ulrich d’Ensingen, l’architecte de Ulm de style gothique flamboyant. Celui-ci meurt en 1419. Son adjoint et successeur, Jean Hultz, achève l’octogone avec un petit étage plus sobre et se lance dans une démonstration époustouflante d’architecture optique qui forcera l’admiration de l’Europe. Les clochetons ajourés de la flèche donnent l’illusion d’une ligne continue. Achevée en 1439, à 142 m, ce sera l’édifice le plus haut de la Chrétienté. Strasbourg obtient alors l’enviable distinction de « Loge suprême du Saint Empire romain germanique ». Le maître d'œuvre de Strasbourg devient alors juge suprême de toutes les autres loges dont celles de Cologne, Vienne et Berne (statut abrogé en 1727).

Une seconde flèche pour la cathédrale de Strasbourg était envisagée. Une tourelle de quelques mètres, érigée à l’angle sud-ouest de la plateforme, en témoigne (démolie en 1782). « Cependant la mort de Jean Hultz en 1449, un grave incendie en 1459, le début d’une période de troubles importants dans la région, ont dû retarder la mise en oeuvre de cette nouvelle tour. »10.

Renaissance

Un vrai changement s’opère au début du XVIe siècle : à compter de ce moment, la nécessité continuelle des restaurations va prévaloir sur la création architecturale11.

XVIIIème

Date XVIIIème

Au XVIIIe siècle, l’architecte Joseph Massol auteur de beaux hôtels baroques à Strasbourg édifie dans la cathédrale une charmante sacristie dite du Grand Chapitre en 1744. De plan octogonal, toute blanche, avec un plafond à moulures dorées et décorée de pilastres ioniques. Visible de l’extérieur, à gauche du portail Saint Laurent, elle ne se visite pas.

De 1772 à 1776 l’architecte Jean-Laurent Goetz fait cacher sur le pourtour de la cathédrale dix-huit boutiques derrière des galeries néo-gothique.

les anciennes boutiques, dessin de Jean-Laurent GOETZ, 1771


Ne subsiste de ces boutiques la caisse d’accès aux tours (façade sud). Cette tentative d’harmonisation archéologique est entreprise l’année même où Goethe, dans son essai sur la cathédrale de Strasbourg, s’efforçait de réhabiliter l’architecture gothique. Une attitude nouvelle de respect pour les œuvres du Moyen-Age, un trait déjà préromantique12

Sur la plateforme à 60 m de haut, l’actuelle maison des gardiens date de 1782 construite sous la direction de l’architecte Goetz.

Une première maison des gardiens aurait été installée en 1372. La plus ancienne mention date de 1566. Les maisons d’avant 1782 étaient bien plus grandes et à colombages. Les gardiens avaient trois tâches : le levage avec le treuil qui occupe le cœur de la maison, le guet et la lutte contre les incendies (fenêtres sur les quatre côtés), enfin l’entretien de l’horloge publique. Une scénographie dans le bâtiment rappelant ces fonctions sera visible dès l’été 2019.

XIXème

Date XIXème

Pendant le siège de 1870 la cathédrale subit de nombreux dégâts. L’architecte de l’œuvre Notre-Dame, Gustave KLOTZ, rétablit en 1873 la toiture détruite du vaisseau central en reconstruisant la charpente en bois et la couverture en cuivre (la charpente est divisée en trois tronçons : les secteurs sont séparés par des murs et des portes coupe-feu). Klotz remplace aussi l’ancien couronnement de la tour de la croisée du transept par la « Tour Klotz » de style néo-roman (1878 – 1879) en accord avec les parties orientales (romanes) de la cathédrale. De la même époque et du même style néo-roman sont les statues devant le portail sud, Erwin de Steinbach (architecte des portails du massif occidental) et sa (supposée) fille Sabine (qui aurait soit sculpté soit subventionné les figures de ces portails) par Philippe Grass (mort en 1876).

XXème

Date XXème

Début XXe siècle la tour nord alourdie par la flèche s‘incline et menace de tomber sur la nef. L’architecte Johann Knauth, fait des injections de béton dans le sol, une grande première et un succès. Une plaque apposée en 2014 sur le bâtiment de la Poste rappelle son intervention13.

« C’est en 1911 que le projet de renouvellement total des fondations sous le grand pilier (nord) est approuvé par l’administration. Ces grands travaux de sauvetage de la cathédrale, exceptionnels pour l’époque, consistent dans un premier temps à corseter le grand pilier par un cerclage en béton armé. On procède ensuite au démontage des fondations en sous-œuvre, en maintenant le pilier en place à l’aide de presses hydrauliques. Enfin, une gigantesque plateforme en béton vient remplacer les fondations ottoniennes et gothiques. Le pilier ainsi stabilisé, la cathédrale est sauvée »14.

En 1944, c'est la tour Klotz, construite après 1870, qui fut gravement endommagée et des voûtes furent crevées. Mais à chaque fois, la cathédrale de Strasbourg fut restaurée, reconstruite.

du début XXIème à aujourd'hui

Date XXIème

Entre 2000 et 2004, travaux de restauration-conservation de la flèche. Ils ont nécessité un échafaudage de 42 m de haut composé de vingt étages. « La conservation est le plus possible privilégiée. Les travaux se poursuivent ensuite sur l’octogone et sa voûte festonnée, alors que les ateliers de taille de pierre et sculpture font en 2005 leur retour aux abords de la cathédrale, les interventions en conservation se déroulant en majorité sur l’édifice. »15.

Sources

  • Site Œuvre Notre-Dame [archive]
  • Site Joconde (mobilier) [archive]
  • LEHNI Roger, « La cathédrale de Strasbourg », guide du visiteur Delta 2000
  • MULLER François, La cathédrale de Strasbourg en questions, Editions du Signe, 2018
  • « Bâtisseurs de cathédrale, Strasbourg mille ans de chantiers », Ed Nuée Bleue DNA, 2014

Lien externe

Lien interne

Références

  1. Le chœur (1180-1190) s’inspire de celui de la cathédrale de WORMS, haut lieux du pouvoir impérial, le transept nord de la cathédrale de SPIRE la plus grande et la plus grandiose des cathédrales romanes de l’Empire, le bras sud du transept est dans l’esprit des grands chantiers de Champagne, la nef strasbourgeoise est la plus importante création gothique du Saint-Empire, au milieu du XIIIe siècle. Le massif occidental est une des plus imposantes manifestations de l'art gothique en Europe. (cf. site de l’œuvre Notre Dame, OND / histoire de la cathédrale / les grandes étapes [archive])
  2. http://www.oeuvre-notre-dame.org/web/ond/cathedrale-de-strasbourg/histoire-cathedrale/grandes-etapes/1180-1230-cathedrale-romane-cathedrale-gothique [archive] consulté le 06/06/2019
  3. MULLER François, « La cathédrale de Strasbourg en questions », Editions du Signe, 2018, p. 19
  4. http://www.oeuvre-notre-dame.org/la-fondation-oeuvre-notre-dame/notre-histoire [archive] consulté le 06/06/2019
  5. « Bâtisseurs de cathédrale, Strasbourg mille ans de chantiers », œuvre collective, Editions La Nuée Bleue, Strasbourg, 2014, p. 27
  6. LEHNI Roger, « La cathédrale de Strasbourg, guide du visiteur », S.A.E.P., 1983, p 18 et 19
  7. LEHNI Roger, « La cathédrale de Strasbourg, guide du visiteur », S.A.E.P., 1983, p31
  8. LEHNI Roger, « La cathédrale de Strasbourg, guide du visiteur », S.A.E.P., 1983, p34
  9. « Bâtisseurs de cathédrale, Strasbourg mille ans de chantiers », œuvre collective, Editions La Nuée Bleue, Strasbourg, 2014, p. 50
  10. « Bâtisseurs de cathédrale, Strasbourg mille ans de chantiers », œuvre collective, Editions La Nuée Bleue, Strasbourg, 2014, p65
  11. « Bâtisseurs de cathédrale, Strasbourg mille ans de chantiers », œuvre collective, Editions La Nuée Bleue, Strasbourg, 2014, p70
  12. LEHNI Roger, « La cathédrale de Strasbourg, guide du visiteur », S.A.E.P., 1983, p31
  13. MULLER, François, « La cathédrale en question », éditions du Signe, 2018, p. 39
  14. « Bâtisseurs de cathédrale, Strasbourg mille ans de chantiers », œuvre collective, Editions La Nuée Bleue, Strasbourg, 2014, p. 94
  15. « Bâtisseurs de cathédrale, Strasbourg mille ans de chantiers », œuvre collective, Editions La Nuée Bleue, Strasbourg, 2014, p. 27